Charles Elias Chartouni/Lorsqu’on on passe de la médiocrité au crime/شارل الياس شرتوني: عندما يتم العبور من الرداءة الى الجريمة

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شارل الياس شرتوني: عندما يتم العبور من الرداءة الى الجريمة
Lorsqu’on on passe de la médiocrité au crime*
Charles Elias Chartouni/January 09/2022

Le black out total qui renvoie les libanais à l’obscurité totale n’est que la métonymie de l’état de désastre qui nous enveloppe de part en part, et que d’aucuns semblent ignorer, en s’installant dans le déni, la banalisation des enjeux, le volontarisme sans autre forme de procès, ou en s’alignant sur les luttes frontales des islamismes en état de guerre.Les enjeux systémiques de la débâcle libanaise, le caractère diffus des crises enchevêtrées, les souffrances et le désarroi de la population civile sont carrément écartés au profit des calculs d’intérêt des oligarchies, qui somme toute, se rejoignent sur la nécessité de protéger les zones d’influence et le brigandage financier, maintenir les verrouillages, étouffer la lame de fond réformiste, casser la résistance civile qui les avait menacés au bout de deux ans et demi d’atermoiements tout à fait incompréhensibles, de louvoiement en tous genres, et de contournement délibéré des arbitrages internationaux se rapportant aux questions sécuritaire et stratégique (mise en application des résolutions internationales 1559, 1680, 1701, 2591… ), aux négociations avec le fonds monétaire international, à la mise en chantier de l’audit des finances publiques, et la création du tribunal international qui devrait statuer sur l’explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth.

Loin d’être inexplicables, ces omissions intentionnelles se situent au croisement d’une politique de sabotage qui vise le procès politique institué par les politiques réformistes à l’endroit des tenures oligarchiques et leurs intérêts politico-financiers, et la mise à mort de la souveraineté libanaise par le Hezbollah et ses amarrages idéologique et stratégique. Il est malheureux de constater que les élections en vue, loin d’offrir une plateforme résolument réformiste et souverainiste, semblent reproduire, grosso modo, la géographie électorale des coalitions oligarchiques de jadis, faire l’impasse sur les impératifs réformistes, et se dissocier manifestement des mouvances qui les portent. La seule constatation est celle d’un processus de délitement structurel qui sape la légitimité nationale du pays, met au rancart ses ancrages normatif et institutionnel, pulvérise les tissus conjonctifs où s’articulent les notions de souveraineté, de démocratie et de citoyenneté. Tout a été détruit au bénéfice des captations oligarchiques, des scénarios emboîtés de coup d’État montés par les fascismes chiites, ainsi que par les simulations fallacieuses d’un électoralisme entièrement coupé de ses encadrements normatifs et réglementaires.

L’observation de la scène électorale nous reporte aux intrigues d’une classe politique rodée à l’impunité et aux intrigues de l’entre-soi cynique, criminel et meurtrier. Le jeu électoral est entièrement faussé en l’absence des arbitrages et des encadrements internationaux qui sont, à elles seules, à même de casser les enfermements oligarchiques et l’état d‘extraversion d’un pays sans frontières qui se nourrit des conflits d’une région éclatée. Le rappel de certaines vérités politiques qu’on essaye d’enrayer en faveur d’un électoralisme de mauvais aloi, qui cherche à maintenir les faux semblants d’un État de droit alors que l‘État libanais est interdit d’arrêter des marqueurs de territorialité, et se donner des lettres de créances dans le concert des nations. Les échéances électorales loin d’être des mécanismes formels que des politiciens retors et sans scrupules instrumentalisent en vue d’entériner des rapports de force, n’ont d’autre légitimité que celle que leur confère un État de droit, alors que nous sommes renvoyés aux réalités d’un pays sans configuration et sans rebords.
* 17 mois à l’explosion terroriste du port de Beyrouth (4 août 2020).