Dilemmes sécuritaires et dilemmes de souveraineté
Charles Chartouni/ici beyrouth/29 juin 2026
Security Dilemmas and Sovereignty Dilemmas
Dr. Charles Chartouni/Jun e 29/2026
المآزق الأمنية والمآزق السيادية
د. شارل الشرتوني/29 حزيران/2026
Dilemmes sécuritaires et dilemmes de souveraineté
Charles Chartouni/ ici beyrouth/29 juin 2026
Les négociations qui ont eu lieu à Washington reflètent les ambiguïtés d’une république et d’un pays qui n’osent même plus dire leur nom. L’ennui avec la diplomatie libanaise tient à son anonymat, elle est muette sur ses lettres de créance et son discours se définit au point d’intersection des stratégies de puissance qui définissent la trame de la vie politique dans un pays sans repères. On ne voit pas comment on peut mener des négociations à l’extérieur en l’absence de consensus minimaux à l’intérieur. Les négociateurs abordent les questions diplomatiques sur la base des différends qui ont miné ce pays pendant des décennies.
La question même de la souveraineté est controversée dans la mesure où le présumé négociateur libanais ne sait même pas au nom de qui il parle. Dans le passé récent, nous avions affaire aux hypothèques du tandem palestino-gauchiste, celles de la Syrie alaouite et baathiste, et à ce stade nous avons affaire à celles du régime islamiste iranien et de leurs prolongements domestiques. On finit par se poser la question de la titulature de cette diplomatie, au nom de qui parle-t-elle ? Le Liban ne peut plus se positionner à partir des zones d’indétermination indéfiniment mutantes et des définitions concurrentes des acteurs politiques en lice. L’accident de la photo diplomatique est emblématique de la crise endémique de légitimité et de ses incidences sur la souveraineté libanaise. Le message est manifeste, il est interdit à ce pays de parler en son nom propre, son existence hypothétiquement nationale est intérimaire et assortie de conditionnalités contradictoires et changeantes.
La question préjudicielle concerne l’aptitude du Liban à parler en son propre nom. Apparemment, ce droit lui est contesté en raison de la politique de puissance iranienne qui s’arroge des prérogatives de souveraineté sans aucune autre forme de procès. L’ennui est que cette usurpation de fait se fait avaliser par une majorité de la communauté chiite pilotée par le duo et secondée par des alliances transversales. Cette crise de représentation se fait doubler par la double trajectoire diplomatique américano-iranienne et libano-israélienne. La diplomatie libanaise se transforme en diplomatie des passerelles, ignorant ainsi où elle doit se situer.
Autrement, la négociation s’effectue avec Israël, dont l’État libanais méconnaît la légitimité et dont les territoires ont servi de plateformes d’agression à son encontre. Les prémisses des négociations actuelles professent une volonté de normalisation entre les deux pays qui devrait être actée par un accord de paix rendu aléatoire. Le Liban parle à demi-mot et n’ose pas avancer dans une démarche décisive vers la paix, alors que la pérennisation des hostilités est non seulement destructrice mais remet en question la viabilité du pays. Les Libanais sont en effet divisés sur des enjeux statutaires, de souveraineté et de mise en œuvre des accords sécuritaires négociés.
Toute la controverse autour des enjeux de l’extraterritorialité, du monopole étatique de la violence, de l’interventionnisme iranien, du désarmement du Hezbollah et de ses satellites palestiniens et de leurs répercussions sur les mécanismes et les finalités des négociations fragilise des assises étatiques longuement éprouvées. Elle remet ainsi en cause une paix civile subissant les contrecoups de la politique de subversion iranienne. La question du retrait israélien est invraisemblable en l’absence des engagements formels de l’État libanais à l’endroit du désarmement, de la mise à terme des extraterritorialités politiques et militaires et de la reconnaissance de l’État d’Israël.
On ne voit pas comment des accords sécuritaires peuvent tenir en l’absence d’un partenariat effectif entre les États du Liban et d’Israël. La paix à demi-mot n’existe pas et les accords bâclés du passé récent ont fait long feu. Le Liban ne peut pas se contenter de déclarations d’intention douteuses doublées d’engagement erratique sur le terrain. Or, sans engagement de fait du côté de la communauté chiite, nous sommes renvoyés aux aléas des guerres régionales déclenchées après le 7 octobre 2023 et aux reconfigurations géostratégiques qui peuvent en résulter. Il faudrait bien que le Liban puisse se soustraire à la politique de puissance iranienne afin de recouvrer l’autonomie politique et diplomatique dont il est entièrement dépourvu.
La gymnastique des paroles creuses et de la diplomatie de parade ne mènera à rien. Soit le Liban a l’intention et le pouvoir de négocier des accords de fin de guerre et de mener à terme des négociations en vue d’un traité de paix, soit il se met sur la voie de la désintégration au profit d’une géostratégie régionale en pleine combustion. Les accords sécuritaires étriqués n’ont pas plus leur place dans un contexte comme le nôtre, car ils ne sont que des prête-noms à des guerres reportées. On gagnerait à ne pas s’attarder dans des positions ambivalentes car elles n’ont jamais servi à rien d’autre qu’à préparer des guerres en perspective. Le fascisme chiite est dans une posture putschiste, tant par ses déclarations d’intention que par la poursuite de la guerre au Sud-Liban au nom de la politique de subversion du régime islamiste iranien. Tant que ces dilemmes cruciaux ne seront pas résolus, le Liban est dans une dynamique de décomposition irrémissible.
La signature de l’accord-cadre par les États du Liban et d’Israël souligne l’importance de l’action diplomatique menée par le département d’État sous la direction du secrétaire Marco Rubio. L’action déterminante du département d’État a vaincu toutes les pesanteurs qui ont court-circuité les démarches diplomatiques en vue de finaliser des accords sécuritaires. Ceux-ci serviront de prélude à la signature d’un traité de paix qui s’inscrirait dans le continuum des accords abrahamiques. Ce fait diplomatique pose un jalon de toute importance dans la direction d’une paix qui mettra fin à toutes les guerres du passé et à celles de l’avenir. C’est la paix retrouvée qui placera le Liban sur la voie des réformes systémiques, brisera les verrouillages de la république oligarchique et sapera ses assises géopolitiques et institutionnelles.
المآزق الأمنية والمآزق السيادية
د. شارل الشرتوني/29 حزيران/2026
(ترجمة من الفرنسية بتصرف)
تعكس المفاوضات التي جرت في واشنطن التباسات جمهورية وبلد لم يعد يجرؤ حتى على تسمية نفسه. إن المشكلة في الدبلوماسية اللبنانية تكمن في غفلتها؛ فهي صامتة بشأن أوراق اعتمادها، ويتحدد خطابها عند نقطة تقاطع استراتيجيات القوى التي ترسم نسيج الحياة السياسية في بلد بلا معالم. ولا يرى المرء كيف يمكن إجراء مفاوضات في الخارج في ظل غياب الحد الأدنى من التوافق في الداخل، حيث يقارب المفاوضون القضايا الدبلوماسية على أساس الخلافات التي قوضت هذا البلد لعقود.
إن مسألة السيادة نفسها مثار جدل لدرجة أن المفاوض اللبناني المفترض لا يعرف حتى باسم من يتحدث. ففي الماضي القريب، كنا نتعامل مع رهونات الثنائي الفلسطيني-اليساري، ورهونات سوريا العلوية والبعثية، وأصبحنا في هذه المرحلة نتعامل مع رهونات النظام الإسلامي الإيراني وامتداداته المحلية. وينتهي المرء بالتساؤل عن صفة هذه الدبلوماسية: باسم من تتحدث؟ لم يعد بإمكان لبنان أن يتموضع انطلاقاً من مناطق غامضة ومتبدلة باستمرار، ومن التعريفات المتنافسة للجهات السياسية المتناحرة. وتعتبر حادثة الصورة الدبلوماسية رمزاً لأزمة الشرعية المزمنة وتداعياتها على السيادة اللبنانية؛ فالرسالة واضحة: يُحظر على هذا البلد التحدث باسمه الخاص، ووجوده الوطني الافتراضي مؤقت ومحكوم بشروط متناقضة ومتغيرة.
يتعلق السؤال الأولي بمدى قدرة لبنان على التحدث باسمه الخاص. ويبدو أن هذا الحق منازع فيه بسبب سياسة القوة الإيرانية التي تطالب بصلاحيات سيادية دون أي وجه حق. والمشكلة هي أن هذا الغصب الواقعي يحظى بمباركة غالبية الطائفة الشيعية التي يقودها الثنائي وتدعمها تحالفات عابرة للطوائف. وتتضاعف أزمة التمثيل هذه بفعل المسار الدبلوماسي المزدوج: الأمريكي-الإيراني واللبناني-الإسرائيلي، لتتحول الدبلوماسية اللبنانية إلى دبلوماسية جسور، غافلة تماماً عن المكان الذي يجب أن تقف فيه.
من ناحية أخرى، تجري المفاوضات مع إسرائيل، التي لا تعترف الدولة اللبنانية بشرعيتها والتي شكلت أراضيها منصات للاعتداء عليها. وتفصح منطلقات المفاوضات الحالية عن رغبة في التطبيع بين البلدين ينبغي تكريسها باتفاق سلام بات مهدداً بالرياح. يتحدث لبنان بنصف كبرياء ولا يجرؤ على التقدم بخطوة حاسمة نحو السلام، في حين أن استمرار الأعمال العدائية ليس مدمراً فحسب، بل يهدد وجود البلد ومقومات بقائه. فاللبنانيون في الواقع منقسمون حول قضايا بنيوية، والسيادة، وتطبيق الاتفاقيات الأمنية المتفاوض عليها.
إن كل الجدل الدائر حول قضايا الأمن العابر للحدود، واحتكار الدولة للعنف، والتدخل الإيراني، ونزع سلاح حزب الله والمنظمات الفلسطينية الدائرة في فلكه، وتداعيات ذلك على آليات وغايات المفاوضات، يضعف ركائز الدولة التي خضعت لاختبارات طويلة وقاسية. وهو بذلك يهدد السلم الأهلي الذي يعاني من تداعيات سياسة التخريب الإيرانية. ويبدو الحديث عن انسحاب إسرائيلي أمراً غير قابل للتصديق في غياب التزامات رسمية من الدولة اللبنانية بشأن نزع السلاح، وإنهاء المربعات السياسية والعسكرية العابرة للحدود، والاعتراف بدولة إسرائيل.
ولا يمكن فهم كيف يمكن لالتزامات أمنية أن تصمد في غياب شراكة فعلية بين دولتي لبنان وإسرائيل. فالسلام الموارب لا وجود له، والاتفاقيات الهشة في الماضي القريب لم تدم طويلاً. لا يمكن للبنان أن يكتفي بإعلانات نوايا مشبوهة مدعومة بالتزام متقلب على الأرض. ومن دون التزام فعلي من جانب الطائفة الشيعية، سنبقى مرتهنين لتقلبات الحروب الإقليمية التي اندلعت بعد 7 تشرين الأول 2023 وما قد ينتج عنها من إعادة تشكيل للخرائط الجيواستراتيجية. يجب على لبنان أن يتخلص من سياسة الهيمنة الإيرانية ليستعيد استقلاله السياسي والدبلوماسي الذي يفتقر إليه تماماً.
إن بهلوانيات الكلام الفارغ والدبلوماسية الاستعراضية لن تؤدي إلى شيء. فإما أن يكون لدى لبنان النية والقدرة على التفاوض بشأن اتفاقيات إنهاء الحرب وإتمام المفاوضات بهدف التوقيع على معاهدة سلام، أو أنه يضع نفسه على طريق التفكك لصالح جيواستراتيجية إقليمية مشتعلة. لم يعد للاتفاقيات الأمنية الضيقة مكان في سياقنا الحالي، لأنها ليست سوى غطاء لحروب مؤجلة. ومن الأفضل عدم التلكؤ في مواقف رمادية لأنها لم تخدم يوماً سوى التحضير لحروب قادمة. إن الفاشية الشيعية تمر بمرحلة انقلابية، سواء من خلال إعلانات نواياها أو من خلال استمرار الحرب في جنوب لبنان باسم سياسة التخريب التي ينتهجها النظام الإسلامي الإيراني. وطالما لم تُحل هذه المآزق المصيرية، فإن لبنان سيبقى في دينامية تفكك لا رجعة فيها.
إن توقيع الاتفاق-الإطار من قبل دولتي لبنان وإسرائيل يسلط الضوء على أهمية العمل الدبلوماسي الذي تقوده وزارة الخارجية الأمريكية بقيادة الوزير ماركو روبيو. لقد تغلبت الحركة الحاسمة لوزارة الخارجية على كل العقبات التي عطلت المساعي الدبلوماسية الرامية إلى إنجاز الاتفاقيات الأمنية. وستشكل هذه الاتفاقيات مقدمة لتوقيع معاهدة سلام تأتي استكمالاً للاتفاقيات الإبراهيمية. يضع هذا الإنجاز الدبلوماسي حجر أساس بالغ الأهمية نحو سلام ينهي كل حروب الماضي والمستقبل. إن السلام المستعاد هو وحده الذي سيضع لبنان على طريق الإصلاحات البنيوية، ويكسر أقفال الجمهورية الأ oligarchية (الأوليغارشية)، ويقوض ركائزها الجيوسياسية والمؤسساتية.
Security Dilemmas and Sovereignty Dilemmas
Dr. Charles Chartouni/Jun e 29/2026
( translation from French)
The negotiations that took place in Washington reflect the ambiguities of a republic and a country that no longer even dare to say their name. The trouble with Lebanese diplomacy stems from its anonymity; it remains silent on its credentials, and its discourse is defined at the intersection of power strategies that map out the fabric of political life in a country devoid of landmarks. It is impossible to see how external negotiations can be conducted in the absence of a minimal consensus at home. Negotiators approach diplomatic issues on the basis of the disputes that have undermined this country for decades.
The very question of sovereignty is controversial to the extent that the presumed Lebanese negotiator does not even know on whose behalf he speaks. In the recent past, we dealt with the encumbrances of the Palestinian-Leftist tandem, those of Alawite and Ba’athist Syria, and at this stage, we are dealing with those of the Iranian Islamist regime and their domestic extensions. One ends up questioning the title of this diplomacy: on whose behalf does it speak? Lebanon can no longer position itself based on indefinitely mutating zones of indeterminacy and the competing definitions of rival political actors. The mishap surrounding the diplomatic photograph is emblematic of the endemic crisis of legitimacy and its impact on Lebanese sovereignty. The message is manifest: this country is forbidden from speaking in its own name; its hypothetically national existence is interim and subject to contradictory, changing conditionalities.
The preliminary question concerns Lebanon’s ability to speak in its own name. Apparently, this right is contested due to Iran’s power politics, which arrogates sovereignty prerogatives to itself without any further process. The trouble is that this de facto usurpation is being endorsed by a majority of the Shia community, driven by the duo and supported by cross-cutting alliances. This representation crisis is further complicated by a dual diplomatic trajectory: the US-Iranian track and the Lebanese-Israeli track. Lebanese diplomacy is transforming into a diplomacy of conduits, entirely losing track of where it ought to stand.
Otherwise, negotiations are carried out with Israel, whose legitimacy the Lebanese state fails to recognize and whose territories have served as platforms for aggression against it. The premises of the current negotiations profess a desire for normalization between the two countries, which should be recorded through a peace agreement made highly uncertain. Lebanon speaks half-heartedly and does not dare to make a decisive move toward peace, whereas the perpetuation of hostilities is not only destructive but challenges the very viability of the country. Indeed, the Lebanese are divided over structural stakes, sovereignty, and the implementation of negotiated security agreements.
The entire controversy surrounding the stakes of extraterritoriality, the state monopoly on violence, Iranian interventionism, the disarmament of Hezbollah and its Palestinian satellites, and their repercussions on the mechanisms and goals of negotiations weakens state foundations that have long been tested. It thus threatens a civil peace that bears the brunt of Iran’s subversive policy. The prospect of an Israeli withdrawal is implausible in the absence of formal commitments by the Lebanese state regarding disarmament, ending political and military extraterritorialities, and recognizing the State of Israel.
It is impossible to see how security agreements can hold in the absence of an effective partnership between the states of Lebanon and Israel. Peace by half-measures does not exist, and the botched agreements of the recent past have run their course. Lebanon cannot be content with dubious declarations of intent coupled with erratic commitment on the ground. Yet, without a de facto commitment from the Shia community, we are sent back to the vagaries of the regional wars triggered after October 7, 2023, and the geostrategic reconfigurations that may result from them. Lebanon must extricate itself from Iranian power politics to recover the political and diplomatic autonomy of which it is entirely deprived.
The gymnastics of empty words and showcase diplomacy will lead nowhere. Either Lebanon has the intention and the power to negotiate war-ending agreements and conclude negotiations for a peace treaty, or it sets itself on the path of disintegration to the benefit of a regional geostrategy currently in flames. Narrow security agreements no longer have a place in a context like ours, for they are merely proxies for deferred wars. We would do well not to linger in ambivalent positions, as they have never served any purpose other than preparing for prospective wars. Shia fascism is in a coup-like posture, both through its declarations of intent and by continuing the war in South Lebanon on behalf of the Iranian Islamist regime’s subversive policy. As long as these crucial dilemmas remain unresolved, Lebanon is locked in a dynamic of irreversible decomposition.
The signing of the framework agreement by the states of Lebanon and Israel highlights the importance of the diplomatic action led by the State Department under the leadership of Secretary Marco Rubio. The decisive action of the State Department overcame all the resistance that short-circuited diplomatic efforts to finalize security agreements. These will serve as a prelude to the signing of a peace treaty that would fit into the continuum of the Abraham Accords. This diplomatic milestone sets a highly significant marker toward a peace that will end all wars of the past and the future. It is a rediscovered peace that will place Lebanon on the path of systemic reforms, break the locks of the oligarchic republic, and undermine its geopolitical and institutional foundations.