Charles Elias Chartouni:De Katyn à Boutcha ou la monstruosité en acte/شارل الياس شرتوني: من كاتين إلى بوتشا، أو المسوخ المتأهبة

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شارل الياس شرتوني: من كاتين إلى بوتشا، أو المسوخ المتأهبة

De Katyn à Boutcha ou la monstruosité en acte
Charles Elias Chartouni/Avril 05/2022
Le massacre de Boutcha rappelle les exécutions sommaires de 22.000 soldats polonais par l’armée soviétique par balles dans la tête (voir le film d’Andrezj Wajda, le grand cinéaste polonais, Katyn, où il reprend les épisodes du crime où son père comptait parmi les victimes. La propagande soviétique étouffa pendant des décennies les réalités de ce massacre en se déchargeant sur l’Allemagne nazie, alors qu’il était dûment planifié et exécuté par l’armée bolchévique en avril 1940, 21857 prisonniers de guerre, sur les ordres du chef du NKVD, Lavranti Beria, le Himmler soviétique, 1899-1953). Le massacre de Boutcha faisant suite aux bombardements ravageurs de Mariupol nous rappelle non seulement la barbarie du dictateur mafieux, mais les antécédents criminels d’une dystopie totalitaire dont les pratiques n’ont pas discontinué après la débâcle de l’URSS.

Trempée dans une culture du mensonge officiel qui doublait la violence d’une idéologie totalitaire qui avait émoussé toute dimension morale, et perpétué une tradition bien ancrée d’”État meurtrier”, la criminalité hautement affichée de Vladimir Poutine avait déjà à son actif un bilan lourd, allant de la non assistance au sous marin Koursk (12 août 2000, 118 victimes), aux massacres du théâtre de Moscou (23 octobre 2002, 177 victimes), de l’école maternelle de Beslan (1 septembre 2004, 333 victimes dont 188 enfants), aux massacres de Tchétchénie, de Géorgie (2008, 1174 victimes), d’Ukraine ( 2014), de Syrie( 2015)…,. Le massacre de Boutcha n’est qu’une manifestation supplémentaire d’une logique de guerre totale, où le lien est établi entre les règles de la guerre classique, et celles des pratiques meurtrières d’un régime mafieux qui s’abreuve de mensonges qu’il cherche à disséminer à tous égards. Le régime de post-vérité qui caractérise le discours propagandiste d’une dictature meurtrière est une variable essentielle pour comprendre la nature du régime, ses visées et méthodes, où la violence et le mensonge se superposent.

La stratégie du déni, du complot et de l’externalisation des responsabilités font partie d’un schéma d’action dont le dictateur se sert pour mener à bien une politique de déstabilisation aux vecteurs et figurations multiples. Les corps parsemés dans les rues, les assassinats par balles, et les charniers découverts apportent des preuves irréfutables quant à la nature terroriste et génocidaire de cette guerre, et l’instrumentalisation de mercenaires de tout acabit pour mener à bien la sale besogne des tueries de masse (islamistes syriens et tchétchènes, groupe Wagner, tueurs à gage …). Les fausses supputations d’une guerre qui a mal tourné, expliquent la rage de ce prédateur qui a l’habitude d’achever ses victimes sans autre forme de procès.

Il est impératif que la communauté internationale et les pays de l’OTAN prennent acte des crimes commis, amplifient les sanctions, mettent fin aux relations diplomatiques, reconsidèrent les modalités et seuils de l’intervention militaire, et cherchent activement à créer une dynamique de fin de règne qui mette fin à la criminalité programmée d’un meurtrier aux pouvoirs sans rebords, et dont le nihilisme n’est pas plus à prouver. La sociologie “des objets détestables” est un concept récent pour désigner l’étude des massacres collectifs, il est grand temps de l’utiliser afin de déchiffrer les pratiques d’un régime meurtrier qui est loin de dissimuler sa propre nature.