Charles Elias Chartouni/De l’”ensauvagement” à la guerre totale/شارل الياس شرتوني: من الهمجية إلى الحرب الشاملة

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شارل الياس شرتوني: من الهمجية إلى الحرب الشاملة
De l’”ensauvagement” à la guerre totale
Charles Elias Chartouni/Mars 04/2022

“Alors je vis monter de la mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes”, Livre de l’Apocalypse 13/1

Les événements tragiques de l‘Ukraine nous mettent en vis à vis avec des évolutions qui ont commencé depuis deux décennies mais qui prennent désormais du relief et annoncent l’avènement d’une nouvelle ère totalitaire dont les composantes ont émergé progressivement au grédes crises géo-politique, idéologique et culturelle qui ont scandé les trois dernières décennies qui ont succédées à la fin de la guerre froide, la mort des grands récits, l’éclatement des consensus idéologiques qui ont prévalu, jusque-là, dans les démocraties libérales d’Occident, et la restructuration de la division du travail impulsée par les mutations technologiques et ses incidences économique et géopolitique. L’irruption brutale du fascisme crypto-soviétique, loin de surprendre, est métonymique et ne fait que répercuter les échecs cumulés des politiques de transition dans l‘aire russe et son pourtour immédiat.

La stratégie de la complainte instrumentalisée par Poutine, n’est que le revers d’une réalité étatique et sociétale déliquescente qui n’a jamais réussi à opérer des mutations réformistes qui aiderait la Russie post-soviétique à liquider les effets entropiques de l’ère communiste, redéfinir ses équilibres géopolitiques moyennant une diplomatie de normalisation et d’intégration aux règles de la communauté internationale, restructurer les normes de gouvernance au croisement de l‘État de droit, du règlement négocié des conflits inter-ethniques et nationaux dans un pays aux héritages impériaux sedimentés, et réorganiser l’économie à l’aune des mutations technologiques et ses modulations intersectorielles, celles du monde du travail et de l’éducation.

Il faudrait reprendre ces échecs alternativement pour déconstruire le récit fallacieux de cet autocrate qui s’abrite derrière des complaintes mensongères, des menaces géopolitiques fictives (l’état de siège de la Russie), un arsenal atomique, une économie rentière (énergétique et de production et vente d’armes), gérée par une coterie d’oligarques cooptés par le grand mafieux (capo di tutti capi), et une clique militaire corrompue jusqu’à la moelle et secondée par des formations guerrières de tueurs à gage recyclés dans le travail guerrier( Kadyrov et ses terroristes islamistes et les mercenaires du groupe Wagner, armée de l’ombre de Poutine), la mise en remorque du Patriarcat de Moscou malgré les différends avec le Patriarche Kirill.

– Le prétexte fallacieux du dépeçage des dépouilles de l’empire soviétique défunt n’est que l’envers d’un rechanvisme”soviétique” qui n’arrive pas à faire le deuil d’un impérialisme belliqueux, ayant du mal à composer avec les normes de la civilité internationale et du droit à l’autodétermination.La stratégie de déstabilisation en cascade suivie en Géorgie (Ossétie, Abkhazie, 2008), Ukraine (Crimée, Donbass 2014), et Transnistrie (1992) ainsi que les visées impériales au Moyen Orient (Syrie, 2015), en Lybie (2016), au Mali (2022) et les projections en cours (Algérie)…, nous renvoient à une nouvelle dynamique de guerre froide, dépourvue de toutes règles d’arbitrage à la différence de l’ancienne,et qui explique la logique de l’ensauvagement qui prévaut dans le conflit ukrainien en cours, et l’ascension aux extrêmes suite à la menace nucléaire quatre jours après le début de la guerre.

Cette guerre injustifiée à tous égards, ne fait que répercuter les desseins de cette dictature de voyou qui pourfend les règles du droit international, se refuse à toute médiation, et enclenche une dynamique de guerre totale qui est loin de se limiter à l’Ukraine, remet en question la sécurité de l‘UE, cherche à imposer les règles d’un ordre international alternatif de concert avec une Chine ambivalente qui exploite le conflit émergeant au cœur de l’Europe afin de croiser le fer avec les USA, neutraliser l’Europe, et créer les conditions de la nouvelle guerre froide. La réaction unanime des démocraties occidentales, a redonné à l’OTAN toute son actualité, sorti l’Allemagne de sa torpeur stratégique, et rappelé que la paix dont a bénéficié le monde libre depuis 1945, n’est pas à même de survivre qu’au prix d’une vigilance et une détermination sans failles.