Charles Elias Chartouni: Les entraves à la justice et les avanies d’une justice assujettie/شارل الياس شرتوني: اعاقة العمل القضائي واذلال القضاء المستتبع

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شارل الياس شرتوني: اعاقة العمل القضائي واذلال القضاء المستتبع
Les entraves à la justice et les avanies d’une justice assujettie
Charles Elias Chartouni/January 16/2022
مقالة للكاتب والناشط السيادي شارل الياس شرتوني تتناول قرار النائب العام التمييزي غسان عويدات منع القاضي جان طنوس من ملاحقة ستة بنوك متهمة بغسيل الأموال
Le juge Jean Tannous est sommée de renoncer à la perquisition de six banques liées à une affaire de blanchiment d’argent* sur ordre du procureur général Ghassan Ouaidate, lequel ne faisait que souscrire aux intimations du premier ministre Nagib Miqati. Le subterfuge juridique servant de prétexte est celui de la violation de la loi du secret bancaire (Motion avancée en 1956 par Raymond Eddé et votée par le parlement libanais suite à la vague des nationalisations dans les pays arabes), alors qu’il s’agit d’un dossier de criminalité financière typique du système bancaire libanais de l’ère Taef. Nous ne sommes pas là devant une démarche inédite ou accidentelle surtout que cette pratique ne fait qu’illustrer la trame des triangulations financières en cours, et le régime de fraude institutionnalisée qui s’organise entre les instances judiciaires cooptées et instrumentalisées par les oligarchies régnantes (procureurs général et financier-Ali Ibrahim, Ghassan Ouaidate, qui relèvent respectivement de Nabih Berri et Najib Miqati).

La question qui se pose suite à ce nouvel épisode d’obstruction à la justice tourne autour des axes suivants: A/ l’opportunité et la légalité de la loi sur le secret bancaire, suite à l’effondrement du système bancaire libanais miné par trois décennies de pratiques frauduleuses et de blanchiment d’argent sale (vol du trésor public, terrorisme, criminalité organisée….), B/ Les conflits de juridiction qui répercutent l’affaissement de l’État de droit, la mise à mort du principe de la séparation des pouvoirs,et l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire par les oligarques; C/ la relégation du pouvoir réglementaire des lois au profit du pouvoir discrétionnaire des politiques et hauts fonctionnaires et leurs conciliabules mutants (le parlement vassal instrumentalisé par Nabih Berri et les coalitions oligarchiques successives, la banque centrale comme centre de coordination des fraudes financières qui se structurent au croisement des quatre entités que sont l’État/ministère des finances, le parlement, la banque centrale et le système bancaire). D/ le refus de toutes réformes se rapportant à la révocation de la loi sur le secret bancaire, alors qu’elle est non seulement dysfonctionnelle et criminelle mais elle contrevient aux normes de la nouvelle culture bancaire (les grands professionnels des banques suisses sont venus à dessein au Liban pour donner des conférences à ce sujet dans les dix dernières années). Cette ignorance délibérée des requêtes internationales de réforme manifeste la culture délictueuse qui prévaut dans ce milieu professionnel, et ses liens de consubstantialité avec les oligarchies politico-financières qui ont monté cette entreprise de pillage spectaculaire qui a détruit les équilibres homéostatiques du pays et propulsé les dynamiques de désintégration tous azimuts.

Cet épisode symptomatique met en relief la pugnacité des verrouillages oligarchiques, le refus intentionnel d’engager des réformes, les complicités transversales et les partenariats montés avec les alliés de circonstance. Il est impossible d’envisager des entreprises réformistes à moins de démonter ce conglomérat hybride qui s’est construit aux interstices d’un État en faillite, d’une souveraineté nationale remise sur la sellette de manière cyclique, d’une narrativité démocratique bafouée, d’un pacte national transgressé par des dynamiques factieuses qui projettent la reconfiguration géopolitique et normative du pays dans le cadre de la stratégie iranienne de déstabilisation régionale pilotée par le Hezbollah et ses relais. Comment venir à bout de ce fouillis, alors que le consensus minimal non seulement fait défaut, mais il est expressément rejeté.
*Dossiers de Ryad et Raja Salameh
*La caricature empruntée au dessinateur algérien Hic nous
interpelle et nous rappelle les similitudes algéro-libanaises…