Charles Elias Chartouni/Le Haut Karabakh, les aléas de la géopolitique eurasienne et la sécurité stratégique de l’Arménie/ شارل الياس شرتوني: ناغورنو كاراباخ  تقلبات الجغرافيا السياسية الأوروبية الآسيوية والأمن الاستراتيجي لأرمينيا

35

Le Haut Karabakh, les aléas de la géopolitique eurasienne et la sécurité stratégique de l’Arménie
Charles Elias Chartouni/November 13/2020
شارل الياس شرتوني/ناغورنو كاراباخ  تقلبات الجغرافيا السياسية الأوروبية الآسيوية والأمن الاستراتيجي لأرمينيا

L’offensive sur le Haut Karabakh ne fait qu’illustrer, une fois de plus, les ambitions impériales de la Turquie islamiste, alors que l’État turc est en pleine crise et les débâcles se succèdent continûment. La Russie, également en crise, lui fait échec et mat et impose un cessez le feu surveillé par une force d’interposition dispatchée à cet effet.

Les lignes de fractures entre les deux pays qui héritent d’un passé impérial lourd en affrontements, et tributaires de géopolitiques controversées, prolifèrent de manière exponentielle, en l’absence de toute perspective de stabilisation.

Les embardées stratégiques qui se répartissent sur des aires géopolitiques en plein éclatement ne font qu’attester l’émergence d’un arc de crises inédit qui s’étend du Moyen Orient ( Syrie, Iraq, Liban ), au bassin Méditerranéen ( Chypre, Grèce ), à l’espace eurasien ( Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie ), et à la remise en question des ancrages sécuritaires de la guerre froide et de ceux qui leur ont succédés ( OTAN, AED, partenariats européens ).

La guerre du Haut-Karabakh ne fait qu’illustrer la conflictualité
inhérente aux démocratures turque et russe et leurs liens avec les politiques expansionnistes qu’ils projettent, et qui en constituent les relais et les équivalents fonctionnels. La Turquie en pilotant l’offensive du Haut-Karabakh réaffirme ses visées impériales sur le Caucase, cherche ouvertement à remettre en cause les aires d’influence et leur tracé géo- stratégique; alors que la Russie, en se jouant des velléités d’indépendance pan-européenne de l’Arménie, jette du lest et intervient suite à la déroute arménienne afin de sanctuariser ses limes et réaffirmer sa prééminence.

Dans les deux cas, les protagonistes adoptent la politique des conflits gelés, où les conflits se maintiennent en l’absence de toute recherche sérieuse de règlement ( Syrie, Iraq, Lybie, Haut-Karabakh, Donbass, Kirghistan… ) sur la base d’une reconstruction des États et des équilibres régionaux, qui répercutent leurs crises structurelles, la fragilisation des équilibres géo-stratégiques, et les velléités expansionnistes.

L’opération turque en Azerbaïdjan vise, au delà des frontières du Haut Karabakh, la sécurité de la République d’Arménie et les équilibres stratégiques qui l’ont sanctuarisée jusque-là, et induisent inévitablement l’intervention russe qui ne peut s’accommoder des aléas de l’expansionnisme turc et en cautionner les entreprises.

L’Arménie devrait mettre à profit cet arrêt des hostilités afin de négocier un règlement d’ensemble à ce conflit durable, et se donner les moyens d’une politique de défense qui soit à la mesure des défis de la nouvelle guerre aérienne et des drones qui ont causé sa défaite.

Autrement, l’OTAN, ne peut plus s’interdire une révision de ses nouvelles coordonnées géopolitiques sur la base de la communauté de valeurs, de sécurité, et des nouveaux partenariats stratégiques qui en découlent, comme en témoigne l’absence flagrante du Groupe de Minsk ( Russie, USA, France … ) comme intermédiaire obligé dans l’arbitrage des conflits du Haut Karabakh. La Turquie en se positionnant à partir d’une géopolitique impériale néo-ottomane et islamiste, s’exclut de fait du partenariat sécuritaire transatlantique; et la Russie à défaut d’une vocation européenne et transatlantique assumée, devrait repenser ses ancrages stratégiques sur des bases géopolitique et de communauté de valeurs avec l’Occident, et des dilemmes intellectuel, politique, économique et sécuritaire qui lui sont propres.

La diplomatie de la canonnière devrait céder le terrain à des accords sécuritaires négociés et mutuellement consentis, qui permettraient aux Arméniens de retrouver leur sécurité au croisement des choix culturels et des engagements sécuritaires qui leur ont cruellement fait défaut, et qui leur ont valus les génocides du passé et les promesses génocidaires des autocrates comme Erdogan et Aliev.

Loin de pouvoir ou vouloir transiger sur les enjeux stratégiques majeurs du Haut Karabakh, les arméniens doivent se préparer à un affrontement de longue haleine, qui leur permettrait de redresser les déséquilibres sécuritaires et négocier des pactes de stabilité qui peuvent contenir les aléas d’une mouvance géopolitique convulsée.